LOUDNESS – Samouraïs de Metal chez Kurozawa

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LOUDNESS – Samouraïs de Metal chez Kurozawa

Loudness

Loudness ? Des Samouraïs ? Au pays de Kurozawa, ça semble logique, mais encore faut-il faire preuve des valeurs morales ainsi que des aptitudes physiques nécessaires au Titre. Avec les trois virtuoses conjointement aux commandes du bolide, l’affaire est dite. Si, en plus, un groupe de rock japonais possède un chanteur digne de ce nom, capable d’articuler un texte en anglais aussi bien que dans sa langue natale, alors, l’affaire trône sur le tatami.

Akira Tagasaki à la guitare, Minoru Niihara au chant, Masayoshi Yamashita à la basse et le regretté Munetaka Higushi à la batterie ? Le Line up le plus percutant et talentueux que le groupe ait connu.

LOUDNESS – Exploder + Dream fantasy (1984)

Akira Tagasaki est une sorte d’extraterrestre, un croisement entre Joe Satriani, Eddie Van Halen et George Lynch du groupe Lynch Mob, ces guitaristes hyper techniques qui foisonnent fastueusement leurs gammes. Bends et tapping s’accouplent à la volontaire. Plus prolifique qu’un binôme d’Orygtolagus Cuniculus (des lapins !), ils garnissent leurs portées de croches et demis croches baignées d’un climat d’une absolue nécessité. Incontestablement, Akira « lead » le groupe, l’entraînant au niveau de son talent.

Masayoshi Yamashita suit de sa basse le moindre dérapage du six-cordiste tout en étant capable d’emberlificoter des notes volubiles autour du tonnerre de feu de Munetaka Higushi. Ce dernier, batteur monstrueux digne des Bonham, Moon ou Baker, martèle puissamment ses peaux, assurant une indéfectible assise aux délires des autres.

Strike of the sword (1987)

Entre 1984 et 1987, le groupe nippon sort quatre disques formidables, sortes de papillons métalliques butinant des fleurs de feu dans le jardin des Danaïdes. Ils y puisent sempiternellement des riffs affûtés tels le cracker d’un fouet passant le mur du son. Non content de trancher les tympans, le groupe peut compter sur Minoru Niihara pour lâcher un chant voluptueux, même si sa diction rend son propos quasi incompréhensible. Après tout, dans le rock, la mélodie et l’engagement compte parfois plus que les mots.

LOUDNESS – Run for your life (1985)

Les temps passant, les livraisons discographiques s’enchaînant au rythme d’une par an, le teneur heavy relevée en 1984 fait place à un début de « FMéïsation » en 1986. Étrangement, la courbe suit celle d’un Van Halen nappant son boogie rock de synthétiseurs. Sans avoir recours à cette extrémité, des claviers, les mélodies sont plus marquées au détriment d’une certaine énergie. Reste le son de Tagasaki et la voix atonale de Niihara en échos aux premiers émois. Faut-il s’en désoler ? Le public sait trouver le chemin qui mène à ses goûts. Et si la constance n’est parfois pas son fort, quel artiste peut se targuer d’avoir conservé ses « soldats » tout au long d’une carrière en mouvement ?

Let it go (1986)

Il serait faux de penser que les musiciens japonais ont pris en marche le train d’une certaine métallisation du rock. Dès le début des 70’s, des formations comme Strawberry Path, Blues Creation ou Flower Travellin’ Band proposaient déjà des disques remplis de hard rock psychédélique, parfois progressif, bardés de clous et de barbelés. A cet égard, pour leurs prises de paroles, à l’image des guitaristes du Monde entier, les bretteurs du Soleil Levant se sont fortement inspirés du Divin Gaucher : Jimi Hendrix, le bien nommé. Hendrix propose un bombardement au Vietnam ? Kazeo Takeda, avec Blues Creation, recréé Hiroshima sur Demon & Eleven Children (1971). Chacun son « médecin » susceptible de panser les plaies de la Terre.

LOUDNESS – Crazy Doctor (1984)

Loudness assure la filiation avec ses prédécesseurs, adoptant sa musique et son attitude aux codes des 80’s : spandex, brushing et guitare ESP.

Après ces quatre Lps chargés en saké, le groupe bégaye sa formule. Il livre des ressassées resucées de ses précédentes productions, n’y ajoutant par place que quelques airs à charts. Faut-il l’en blâmer ? Les Samouraïs électriques, loin des ancêtres du genre, s’ils conservent un code de l’honneur, laisse le « seppuku » aux intégristes. Après tout : « On a vu souvent rejaillir le feu d’un ancien volcan qu’on croyait trop vieux … ». Si c’est Mr Brel qui le chante …

Thierry Dauge