SORTILEGE – Le Metal onirique est de retour !

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SORTILEGE – Chef de file du Metal français : 1983/1985

Sortilège

A la fin des 70’s, des groupes de Hard Rock français commencent à sortir des Enfers où la variété et autre disco les ont confinés. Si le plus célèbre reste Trust, il en fut d’autres « explos’exposant » des ardeurs combatives remarquables dont : Warning, Ganafoul, Factory, Stocks, Shakin’ Street ou Océan.

Dans la première partie des 80’s, le flambeau versus Heavy Metal est repris par une horde de formations bardées de cuir et de clous.
Au centre de cette nouvelle scène pléthorique on compte, dans le désordre : Vulcain, Blasphème, Satan Joker, Demon Eyes, Der Kaiser, Attentat Rock, Fisc, H Bomb, ADX, High Power, Killers … et Sortilège. S’il en est un qui, dès sa première livraison discographique, démontre des qualités susceptibles de percer à l’international, c’est bien celui-là : « Sortilège » – Lp cinq titres (1983).

SORTILEGE – Sortilège

A la première écoute, la voix de Christian Augustin, dit « Zouille », déchire l’espace. Les guitares se jettent à l’assaut de ses vocalises suraiguës, empruntant en soli les bends et tapping d’« Eruption », exercice guitaristique de Van Halen, le jeu d’Eddie en point de mire.

Ce fleuve en crue va prendre son essor sur le deuxième enregistrement du quintette : « Métamorphose » (1984), devenant un tsunami tant dévastateur que mélodique. Même s’ils sont chantés en français, des titres comme « D’ailleurs », « Légende », « Délire d’un fou » ou « Le cyclope de l’étang » exfolient la concurrence anglophone. Leur thématique aborde des personnages légendaires : cyclope, sirène, dragon, ou de SF. « D’ailleurs », la magnifique pochette de Druillet l’image à merveille.

D’ailleurs

Si le clip a pris un « coup de vieux », la musique décape toujours autant. Les guitares foisonnent, la rythmique basse/batterie désintègre les murs. En 2019, persiste la question : pourquoi aucune Major ne signe le groupe à cette période ? La comparaison avec des poids lourds du genre saute pourtant aux oreilles : Judas Priest, Def Leppard, Saxon … oui, sauf que le chant est en français. Qu’importe ! Ne passe-t-il pas aisément la barrière métallique lorsqu’il est à ce point barbelé ?

SORTILEGE – Civilisation Perdue

Une tentative de transposition en anglais « pétouille », pétard mouillé. Anathème ! Déjà, à la fin des 60’s, l’ostracisme à l’encontre des « froggies » se révèle patent, frappant de plein fouet la meilleure formation de heavy rock que le pays ait connu : Variations. Quoi qu’il en soit, à l’export, Sortilège ne conquiert que nos plus proches voisins européens. Et encore, imprévisibles, ces derniers plébiscitent-ils la version « frenchy » du disque !

Délire d’un fou

Pour l’enregistrement qui suit « Métamorphose », Sortilège voit la mise en sillons de sa musique confiée à Vic Vergeat. Aux débuts des 70’s, ce « garde suisse » a œuvré comme guitariste au sein d’un trio à présent sanctifié : Toad. Malgré tout le talent exposé dans les trois disques du combo, son succès relève du « 0 ». Vergeat se reconvertit alors producteur. C’est donc lui qui produit « Larmes de héros » (1985), le troisième et dernier Lp en date de Sortilège.

On peut être un énorme musicien, une évidence lorsqu’on l’écoute manier sa six cordes, sans pour autant savoir capter cette essence. Hélas, l’hypothèse s’affirme. Le son de « Larmes de héros » papillonne à des longueurs des attentes du public, propre mais petit-bras.

SORTILEGE – Messager

Qu’en aurait-il été de ce 33 s’il avait été mitonné par un expert es heavy rock : Bob Ezrin, Robert « Mutt » Lange, Michael Wagener, ou alors un ténor de la console comme Sir Roy Thomas Baker ? L’art musical ne relevant d’aucune certitude, rappelons-nous du cas Warning. Alors que son deuxième essai sort des Studios Dieter Dierks, le « sonorisateur » cinq étoiles de Scorpions, il ne trouve pas son public et effectue une plongée abyssale en amnésie chez ses premiers fans. Un beau carénage ne fait pas tout, la qualité des compositions compte pour beaucoup. Evidemment, lorsqu’on allie les deux : Dominique Blanc-Francard aux manettes associé à des chansons élaborées, on obtient l’épatant premier album du groupe sus cité.

Au registre « chansons », « Larmes de héros » est pourtant savamment garnie. Des morceaux comme « La montagne saigne », « Quand un aveugle rêve » ou, surtout, « Marchand d’hommes » sont de superbes cépages, de ceux dont on extrait les Grand Crus Classés !

Marchand d’hommes

Noyé dans les tonnes de vinyles métalliques sortis en 1985, insignifiant dans sa version anglaise, celui qui devait enfoncer les portes sonnent le glas du groupe.

« Fatigu’usé » de jouer sans support du Label, Zouille tire le rideau. Les quatre membres restant n’y survivent pas : où trouver un chanteur capable de rivaliser ? Adieu Sortilège. Dans la foulée, la grande majorité des autres groupes s’éteignent, même si certain usinent toujours leur alliage trente-cinq ans plus tard.

Qu’a-t-il manqué à Sortilège ? Comme le précise son chanteur dans une interview : une aura mystérieuse, une touche de magie … mais les existences musicales, surtout lorsqu’elles relèvent de la légende, ne prennent jamais fin véritablement 

SORTILEGE – Légende

Après des Tributes Bands ravivant la flamme, Sortilège se reforme ! Certes, les guitares font l’objet d’un nouveau traitement, certes une présence féminine est adjointe aux cordes vocales mais la voix originelle est bien présente !

Sortilège

Qu’on se le dise, toutes celles et ceux qui n’ont pu subir le jeteur de sorts sidérurgiques dans le jus des 80’s pourront s’en goberger en 2020.

Le chroniqueur ? S’il n’en reste qu’un … rendez-vous au mois d’avril.

Thierry Dauge

SORTILEGE en concert

Premières dates :
Le 7 février 2020 – l’Antipode à Rennes
Le 28 avril 2020 – l’Elysée Montmartre à Paris
Le 14 novembre 2020 – Ninkasi Gerland Kao à Lyon