BON JOVI – Runaway

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BON JOVI – Lay your hands on me

Bon Jovi

En studio

1984. En lieu et place du Big Brother de George Orwell, l’Amérique nous envoie Bon Jovi. Quelques exemplaires du premier album éponyme du groupe parviennent jusque chez les disquaires hexagonaux. La curiosité aidant, vous demandez au dealer de vinyles de vous en jouer un titre, comme au poker : « Pour voir ». Et puis : « Ououououououh, she a little runaway », vous êtes cuit ! Cette chanson ouvre non seulement l’album mais également votre envie d’en abuser, single imparable.

BON JOVI – Runaway

L’anamnèse de cette chanson « locomotive », argument d’achat à elle toute seule, nous conduit tout droit vers le « tonton » de Jon Bon Jovi : Tony Bongiovi. Ingénieur du son et producteur, il donne un coup de pouce à son neveu en l’enregistrant/produisant. Les musiciens ne sont pas ceux qui composent Bon Jovi, il s’agirait des premiers comparses musicaux de Jon … ou de professionnels de studio (?). Les autres titres du disque sont bien l’œuvre de ceux qui mèneront le groupe au succès, Richie Sambora en tête.

Il se dit qu’outre broder des riffs et des solos 5 étoiles, il chanterait mieux que le « Chef », ce qui n’arrangera pas les rapports entre les deux hommes lorsque les dollars viendront à s’amonceler. Les dollars ? Après un deuxième essai insipide composé de titres sans âme, vient « Slippery when wet » (1986), valise remplie de billets verts.

Livin’ on a prayer

Les médias spécialisés s’affolent, les radios s’entichent, la tête des charts adoptent, le public suit comme un seul homme. Nonobstant, l’aspect « big rock US » heurte les adeptes des débuts, des hard rockeurs pour la plupart. Mais le succès, cette goule maquillée aux dents aurifères, enivre, entraînant à sa suite traînées de poudre et groupies.

Bien que la fiesta rock’n’roll soit en place, des envies de musique plus mature, un élan « springsteenien », gomme les paillettes au profit du marbre originel. Bien sûr, les 50’s ne sont pas de mise mais le propos se rapproche des racines américaines, versus poêlée de haricots autour du feu de camp alors qu’un troupeau de Longhorn meugle dans la nuit. Ainsi sort « New Jersey » en 1988.

BON JOVI – Stick to your guns

Et les ponts d’or se font de platine et de diamant. En bon leader, Jon Bon Jovi détient l’image du groupe. Dardant son sourire éclatant en direction d’Hollywood, il fissure chez les autres cette idée d’intégrité musicale dont tout musicien de rock est porteur. Les ego prennent alors le pas sur les amitiés et un relent de crème surie commence à émaner du gâteau. Quatre années seront nécessaires pour parvenir à replâtrer quelques morceaux, concessions consenties au bénéfice d’un album, l’espoir d’une survivance. Pour s’auto persuader qu’on y croit encore, il est décidé de nommer le petit dernier : « Keep the faith » (1992).

Keep the faith

La suite … mais nous sommes maintenant plus près d’un chanteur et son groupe que d’une hydre à cinq têtes. Jon Bon Jovi récupère le patronyme à nouveau prénommé. Il n’empêche, tant que l’unité perdura, le groupe assura des tournées gigantesques où la poudre noire faisait la Loi.

En concert

Bon Jovi

Il est des concerts qui laissent une empreinte profonde dans les mémoires, des souvenirs généralement heureux. Mais, parfois, l’image prend une teinte sépia ou encore calamiteuse lorsque ça « coince », lorsque la réinterprétation du studio fait défaut. Et puis il y a les autres, ceux dont personne ne se souvient. Suivant ce qui pourrait être un adage : « Tout sauf l’indifférence », en matière de musique, mieux vaut la vindicte à l’oubli. Qu’en est-il de Bon Jovi ?

Le 5 décembre 1989, dans ce gymnase pompeusement nommé « Le Palais des Sports de Saint-Ouen », sis sur l’île des Vannes, là où Queen dynamita son public en 1982 et où Led Zeppelin, horripilé par les conditions d’accueil, donna son dernier concert en France (1973), Bon Jovi assure une prestation mémorable. La tournée célèbre « New Jersey » mais les deux autres albums précités sont largement visités.

Wanted dead or alive (live)

En Guest, Dan Reed Network parvient à faire chanter et danser une foule de jeunes femmes pourtant tout exprès venues pour Jon, leur idole masculine. Précisons que la « Fusion » de DRN, un Dance Rock Métallique, pratiquée par de jeunes gens multiethniques est particulièrement addictive. Ou lorsque la musique s’ouvre au plus grand nombre sur des rythmes tribaux relookés disco.

Bon Jovi n’a donc pas la partie facile derrière une si dynamisante introduction. Le groupe relève le défi avec panache. Sans jeu de scène outrancier, jouant sur la simplicité, à l’exception d’écrans géants retransmettant les musiciens en action ou quelques passages de films, dont un western éclaboussé par la présence d’Eastwood. Eu égard à cet « hangar », plus propice à la gymnastique qu’aux gammes, le son est bon, carrément hard et rock.

BON JOVI – You give love a bad name (live)

La soirée s’achève et les psychés sont fleuries de l’avoir vécue saphir. Superbe souvenir. Par contre, que reste-t-il dans les mémoires du 7 mai 1993 au Zénith de Paris ? L’impression d’une commande exécutée sans réel engouement, l’animosité gangrenant le groupe jusqu’à gagner leurs instruments. Subsiste des acouphènes et quelques riffs barbelés, bien peu pour s’en faire un millésime. Tout juste persiste-t-il l’impression d’une lampée.

Bad medecine (live)

Le groupe tourne toujours, comme tourne les toupies, sur leur seule inertie. Et si Jon sourit c’est que Bon Jovi ça n’est plus que lui. Richie s’en est allé, telle une vieille fiancée, lassé de n’être, en fait, qu’un porte-flingue, un employé. Nous sommes partis aussi, sans rien regretter que cette petite part du passé qui ne revient jamais. Finalement, à Saint-Ouen, il n’était pas si « nase » ce gymnase.

Thierry Dauge