Gilles Bertin : 30 ans de cavale, ma vie de PUNK

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Gilles Bertin – L’ex Camera Silens se délivre

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Le Survivant se Libère

Gilles Bertin : il existe deux formes extrêmes de vivre le No Future des punks purs et durs. La première, réussie, a été Sid Vicious, dans le style Fast Live, Die Young (Vivre vite, Mourir Jeune) dès 1979. La seconde consiste a assumé ce style et de vivre au jour le jour, sans s’occuper du lendemain.

30 ans de Cavale, ma vie de Punk

Camera Silens – Pour la Gloire

Comme tout ce qui se fait en France depuis l’invention du rock, ce pays est à la traîne. Mais peu importe. Quand il s’y met, ce n’est pas pour rigoler. Ou, si, mais les armes à la main: alcool, dope et le reste. Le reste, ce sont ces petits larcins, ces vols à la tire, vite et souvent mal fait, dans des supermarchés, juste histoire de finir les fins de mois puisque les concerts ne suffisent pas.

Gilles Bertin est issu de cette dernière mouvance. Le chanteur du groupe Camera Silens (référence aux cellules d’isolement utilisées pour l’incarcération des membres de la Fraction Armée Rouge), devenu mythique, commençait à connaître un certain épanouissement dans l’hexagone après un album, quelques EP punk bien foutus, des concerts à l’arrache (notamment à Orléans en 84) entre 1983 et 1987.

Camera Silens – Orléans 84 – concert intégral

Mais il était déjà fiché, repéré après quelques mois de taule.

Le pire (ou le meilleur) restait à venir, une fois quitté le groupe : l’attaque d’un camion de la Brink’s à Toulouse, le niveau supérieur du sans lendemain en 1988. L’opération est parfaitement menée et, aujourd’hui encore, elle fait référence : à part une prise d’otages vite libérés, pas de dégâts, pas un tir, pas de mort et plus de 11 000 000 de francs (un peu plus de 1 600 000 €) embarqués qui n’ont jamais été retrouvés. On ne pouvait pas faire mieux pour entrer dans la légende.

Mais toute réussite a son revers : la cavale, à travers le Portugal et l’Espagne. Fuir, partir, sans se retourner, quitte à y laisser femme et fils. Aujourd’hui, Gilles est le seul survivant de ce vol. Les autres ont été arrêtés ou sont morts naturellement ou pas. En 2016, amoureux, de nouveau père, séropositif, il décide de se rendre à la justice française pour se refaire une virginité et vivre enfin en toute liberté.

Fin de Cavale pour Gilles Bertin

On n’en dit pas plus, histoire de laisser un brin de suspense, même si ce n’est pas le but de ce livre bouleversant d’authenticité. Gilles ne renie rien, décrivant un monde underground ou peu de gens ont mis les pieds, se revendiquant d’un anarchisme débridé. Ni dieu, ni maître… mais une vie quand même.

Gilles Bertin – Trente Ans De Cavale

Robert Laffont – 264 pages – 20 €

Patrick Bénard