Nino Ferrer – Chronique d’un Blues en fin du Monde

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Nino Ferrer – Blues en fin du Monde

Nino Ferrer
Nino Ferrer

Surtout connu pour ses tubes absurdes, comme Mirza et ses chefs-d’oeuvre mélancoliques tel Le Sud, Nino Ferrer aimait par dessus tout le jazz, les chanteurs soul américains et surtout Ray Charles. Son premier album en 1966 démarrait d’ ailleurs par l’explicite Je voudrais être noir.

Issu d’une famille italienne aisée et avant des études d’archéologie, le jeune Nino découvre le jazz en écoutant Jacques Hélian (un chef d’orchestre de l’époque) sur son petit poste qu’il écoute en cachette alors qu’il est pensionnaire à Saint-Jean-de-Passy dans le très chic 16ème… Sans lire ni écrire la musique, il va commencer par jouer de la contrebasse, avec son pote Richard Bennett (et les Dixiecats) puis la chanteuse Nancy Holloway qu’il accompagnera sur scène.

Nino FERRER – Blues en fin du monde

Long chemin d’apprentissage et de galères, car entre les premières notes à 15 ans et le premier disque, 15 années s’écoulent. Ce premier disque contient 2 titres qui marcheront dans le monde entier, Pour oublier qu’on s’est aimé et L’ Irréparable. Ce titre repris en 12 langues est quasiment passé inaperçu en France car produit par Barclay alors en plein divorce (déjà… !) d’une certaine Nicole qui fusillera ses affaires… Barclay, il le retrouvera un peu plus tard, revenu au sommet, à Juan-les-Pins pour un autre 45t, tout aussi raté que celui « commis » entre les deux avec son éphémère groupe de gospel: Reverend Nino and The Jubilees!

Le succès viendra avec Mirza et ses retrouvailles avec Richard Bennet, devenu directeur artistique, mais il passera le reste de sa carrière à tenter de se débarrasser de son étiquette de « chanteur comique », allant jusqu’à repartir en Italie pour se faire oublier au tournant des 70’s. Mais entre temps, Nino a fait des rencontres qui vont tirer l’artiste vers le haut. Mickey Finn tout d’abord, guitariste anglais bohème qui a joué avec les Stones, les Pretty Things ou les Small Faces et avec qui il restera très ami. Bernard Estrady ensuite, qui sera son musicien/ingé son/réalisateur fétiche jusqu’en 1975. Et Jacques Higelin enfin, qui lui apprendra la nécessité d’oublier la pudeur dans son écriture, et qu’il ira voir, bouleversé, quinze jours d’affilés au Cirque d’Hiver.

En 1968, celui qui est passé d’un look dandy à une allure plus hippie, prendra le Sgt. Pepper« des Beatles de plein fouet, n’ hésitant pas à les comparer à Mozart (j’entends déjà les puristes s’offusquer comme ils reprochèrent à Montserrat Cabale de s’être « fourvoyée » avec Freddie Mercury, bref… !!!).

Nino Ferrer – La Maison Près De La Fontaine

Entre 1970 et 1980, plus en phase avec les innovations formelles de la pop de l’époque (psychédélisme et rock progressif…), il va aligner quelques albums singuliers et plus élaborés, depuis Metronomy, le chef-d’oeuvre de 1971, avec la sublime Maison près de la fontaine entre autres perles, et l’immense succès commercial de 1975: Le Sud, album et titre incontournables… Un sud où il finira par s’installer pour continuer la chanson en artisan, dans la décennie 80/90, tout en écoutant Higelin, mais aussi Thiéfaine et la Mano Negra, ou encore Gainsbourg dans sa période Melody Nelson.

Ses proches le décrivaient cependant amer d’avoir joué au « rigolo de service », d’avoir fait trop de compromissions, d’avoir raté son virage rock et gâché tant d’occasions de réussir « son » œuvre… Le prix à payer aussi pour une certaine insolence doublée d’une farouche indocilité qui lui feront dire :

« On m’a fermé toutes les portes. Mais aujourd’hui, c’est du passé. Mes disques sont là, je sais bien ce qu’ils valent. Ce ne sont que des maquettes, aucun d’eux n’est vraiment terminé, mais il y a quand même quelque chose, çà et là. »

Un apaisement de façade peut-être pour cet artiste subtil et raffiné qui se suicidera d’une balle dans le cœur en août 1998, et dont il nous reste heureusement quelques dizaines de titres dont on redécouvre à chaque écoute l’extrême beauté… Musique… !!!!!

Denis Chofflet