Madeleine résistante – Dominique Bertail et Jean-David Morvan

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Madeleine résistante – Dominique Bertail et Jean-David Morvan

« En bande dessinée ? Mais c’est pour les mômes ça !!! »
C’est sur cette réplique sans appel que Jean-David Morvan raccroche suite à son premier contact téléphonique avec Madeleine Riffaud. Pas gagné…

Cette Madeleine Riffaud…

… il l’a découverte en visionnant une émission sur les femmes dans la résistance durant la seconde guerre mondiale. Coup de foudre immédiat pour le personnage dont la personnalité hors du commun, pour son jeune âge, le laisse pantois. Scénariste de BD, il décide de la contacter pour recueillir son histoire et mettre sur pied un projet de récit.

Madeleine résistante  Et d’ailleurs cette histoire, quelle est-elle ?

Madeleine Riffaud voit le jour en 1924 dans la Somme dans un petit village aux environs d’Amiens. Ses parents sont instituteurs. Très tôt Madeleine se passionne pour la lecture et dévore tous les bouquins qui passent à sa portée. Elle écrit aussi. De la poésie. Très tôt aussi, hélas, ses jeunes années sont une première fois confrontées à la violence de la guerre. Indirectement puisque c’est un obus non explosé de la première guerre mondiale qui tue trois de ses copains alors qu’ils venaient d’en faire la trouvaille. Traumatisme terrible que la gamine de six ans surmonte néanmoins, preuve d’un mental déjà à toute épreuve.

Madeleine résistante

Et puis c’est la guerre.

Et l’exode. Madeleine fuit sur les routes avec son grand-père sous les mitraillages des stukas. Arrivés à la gare d’Amiens ils sont parqués avec de nombreux autres réfugiés. Première humiliation de la part des Allemands qui décide la jeune fille, à tout juste 17 ans, de rejoindre la résistance qui s’organise déjà.

Madeleine résistante

Mais Madeleine tousse…

… De plus en plus. Et les taches de sang au fond de son mouchoir ne présagent rien de bon. Le verdict tombe. Tuberculose. Heureusement une forme curable. Madeleine part donc en sanatorium à Saint-Hilaire-du-Touvet en Isère. Un séjour qui, au-delà de la guérison, va tout changer…

Madeleine résistante

Docteur Douady…

… Personnage clé dans la vie de Madeleine Riffaud. Celui par qui tout va commencer. Directeur du sanatorium de Saint-Hilaire-du-Touvet, son credo est d’aider les étudiants atteints de tuberculose à pouvoir continuer leurs études. Ce creuset intellectuel impressionne Madeleine mais dans le même temps la stimule. Elle se rend compte aussi que certains malades n’ont pas l’air si malades que ça. Et pour cause, le docteur Douady planque des Juifs et des réfractaires au STO menacés par les rafles. L’établissement est également le lieu des réunions secrètes des réseaux de résistance locaux qui profitent d’une imprimerie clandestine, elle aussi installée sur place, pour dupliquer leurs tracts. C’est le tout premier contact pour Riffaud avec l’armée des ombres…

Madeleine Riffaud
Madeleine Riffaud en 1944

… dont fait partie Marcel….

Marcel. La première idylle de Madeleine. Il est malade lui aussi. Une forme plus vacharde. Mais il a décidé de remonter sur Paris où il a des contacts. Mourir pour mourir, autant que ce soit en combattant l’occupant. Madeleine, sur la voie de la guérison, va le suivre pour, selon la formule consacrée, « le meilleur et le pire ». Surtout le pire…

Madeleine résistante

Retrouvons Jean-David Morvan…

… un tantinet échaudé par la réaction musclée de Madeleine Riffaud. Comme il le résume parfaitement lui-même, « Elle m’a envoyé chier ».
Mais Jean-David n’arrête pas de cogiter sur le projet. Quinze jours après, n’y tenant plus, il se décide à la rappeler…

Surprise. Changement de ton…

… Suite à un savon passé par Jorge Amat, un pote réalisateur, qui explique gentiment à l’ancienne résistante que la BD a quand même un peu évolué depuis Bibi Fricotin, qu’elle sait maintenant aborder des sujets graves à l’instar de la littérature ou du cinéma. Il lui conseille d’arrêter les conneries, de rappeler illico ce pauvre scénariste et de lui proposer son entière collaboration.

Madeleine résistanteAussitôt dit aussitôt fait…

… Jean-David Morvan rencontre donc Madeleine Riffaud. Une belle complicité s’installe d’entrée. Madeleine se confie sans compter, enrichissant son récit d’une foule d’anecdotes et de détails, elle qui, jusque là, avait toujours tu sa formidable épopée.

La matière devenant de plus en plus conséquente…

… Morvan passe à l’étape du choix du dessinateur. Un nom lui vient très vite à l’esprit. Dominique Bertail. Du solide. Ce sera lui et pas un autre.
Au départ le dessinateur n’est pourtant pas très chaud pour se lancer dans un projet aussi vaste. Le sujet l’impressionne. Dessiner la guerre, ses horreurs, pas évident. Morvan, en vieux grigou, lui propose de rencontrer Madeleine, sachant pertinemment que sa personnalité hors norme va emporter le morceau. Pari gagné. Bertail se dit que, malgré l’ampleur de la tâche, il ne peut pas reculer devant une telle opportunité.

Madeleine résistante

La magic team est au complet. Le temps maintenant d’en savoir un peu plus sur Dominique Bertail et Jean-David Morvan…

Dominique BertailNé à Tours en 1972…

… Dominique Bertail se forme aux Beaux-Arts de Rennes puis à l’école de BD d’Angoulême. Après s’être essayé au fanzine il participe à l’album collectif « Les enfants du Nil » puis crée avec Thierry Smolderen, un de ses profs à Angoulême, « L’Enfer des Pelgram » dans un registre fantastique. « Madeleine résistante » reste aujourd’hui sa réalisation la plus ambitieuse.

Jean David MorvanJean-David Morvan pousse son premier cri…

… à Reims en 1969. Très jeune il devient addict à la littérature SF. Il étudie à la prestigieuse école d’art Saint-Luc à Bruxelles et, petit à petit, se sent attiré par le scénario. Ses collaborations sont nombreuses. On peut citer, entre autres, « Sillage », avec le dessinateur Philippe Buchet, qui rencontre un grand succès dans un style Space Opera mêlant la SF classique et l’Héroïc Fantasy.

La faconde de Madeleine Riffaut est telle…

… qu’il faudra pas moins de quatre tomes pour évoquer son parcours exceptionnel sous son nom de combattante, Rainer, en hommage à Rainer Maria Rilke, poète dont Madeleine dévorait les ouvrages au sanatorium. Un parcours dur, cruel, dangereux. Depuis les premières missions de transmissions de messages, de transport d’armes ou de vol de tickets de rationnement jusqu’à la capture par la Gestapo, la torture, la condamnation à mort à laquelle elle échappera de justesse grâce à un échange de prisonniers, libération qui lui permettra de participer à la délivrance de Paris où elle impressionnera par ses qualités de stratège et de meneuse d’hommes. Épisode qui clôt le quatrième et dernier tome sur la paix retrouvée mais aussi sur une impression de tristesse.

Madeleine résistante

Car l’après-guerre…

… a néanmoins un goût amer. Celui des amis perdus, fauchés en pleine jeunesse. Celui de ce qu’il a fallu faire à peine arrivé à l’âge adulte : « Tuer un homme ça vous hante à vie » comme le souligne Madeleine. Une Madeleine qui a pris cher mais qui va remonter la pente grâce à sa rencontre avec Paul Éluard. Celui-ci, enthousiasmé par son talent littéraire, car la jeune femme, même au plus fort de la guerre, n’a jamais cessé d’écrire de la poésie, l’encourage à persévérer dans cette voie. Véritable mentor, son amitié et celle de ses amis, dont Picasso, va aider Madeleine à retrouver moral et goût de vivre. Une volonté qui la mènera par la suite à une brillante carrière de reporter de guerre, témoin infatigable des autres résistances à travers le monde.

Madeleine résistante

Bleu……

Le maître mot de l’art de Dominique Bertail tout au long de cette saga. Le dessinateur se pose immédiatement la question qui va conditionner tout son travail. Couleur ? Noir et blanc ? Choix crucial.
Bertail écarte d’entrée la couleur. Il sait qu’il va lui falloir décrire des scènes hyper violentes. La couleur amènerait fatalement un côté gore des plus malvenus. Quant au noir et blanc il le trouve un peu « sec » pour les ambiances qu’il a envie de créer. La solution ? Une couleur dominante. Ce sera le bleu. Un coloris qui permet de multiples nuances, du clair jusqu’à un sombre proche du noir.

Madeleine résistanteLe résultat est incroyable…

… La froideur du bleu convient à merveille à la description d’un Paris sous la botte nazi et quand Bertail dépeint des scènes crépusculaires à l’heure du couvre-feu, on en frissonne. C’est peu de dire qu’on sent le dessinateur totalement habité par le récit de Madeleine Riffaud. Émotion renforcée par l’ajout de poèmes de la jeune femme, poignants, qui ponctuent les chapitres tout au long de l’histoire.

Madeleine résistante

Un récit…

… servi par le scénario au cordeau de Jean-David Morvan, qu’il veut servir au plus juste. Dominique Bertail réunit une somme énorme de documentation sur le Paris de l’époque. Un souci du détail qui n’est pas sans rappeler la rigueur d’un Tardi lorsqu’il nous emmène dans le Paname d’après-guerre de Nestor Burma. Réalisme également soutenu par un dessin soigné dont le dynamisme et la finesse font mouche aussi bien dans l’action que dans l’évocation des sentiments.

Madeleine résistante

Dans le prolongement…

… de cette mine d’information déjà fournie par les planches, Bertail et Morvan nous invitent aussi, dans les tomes 1 et 4, à découvrir des annexes dans lesquelles ils racontent leur rencontre avec l’ancienne résistante et où ils présentent des documents d’époque.

Madeleine résistante

Dominique Bertail et Jean-David Morvan signent là un formidable travail de mémoire sur un personnage exceptionnel mais qui ne se voulait pas comme tel :

« Je ne suis pas un symbole. Je ne suis pas une femme extraordinaire. Ce que j’ai fait, des centaines d’autres, des milliers dans le monde, l’ont fait. Et vous le pouvez aussi. »

Madeleine résistante

Madeleine résistante
Dessin : Dominique Bertail
Scénario : Jean-David Morvan et Madeleine Riffaud
Tome 1 – La rose dégoupillée
Tome 2 – L’édredon rouge
Tome 3 – Les nouilles à la tomate
Tome 4 – L’ange exterminateur
Éditeur : DupuisCollection : Aire Libre

Madeleine esprit de résistance

Pour en savoir plus, il existe une excellente biographie, « Madeleine Riffaud, l’esprit de résistance » aux éditions Payot.

 

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POUP
Laurent Poupinais, alias Poup. Diverses aventures dans le monde du fanzine (Nestor Mag, La Chronique Du Vermifuge), dans le Rock Punk/Garage (Les Ambulances, Mystery Machine, Traffic Drone) en tant que batteur. Dessinateur addict au noir et blanc qui réalise des illustrations pour des fanzines (Rock Hardi , Cafzic) mais aussi des visuels pour des groupes (pochette de disque, T-shirt, affiche, flyers et toutes ces sortes de choses).

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