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Frank MILLER – Dark Knight in Sin City

Frank Miller

DARK KNIGHT

Frank Miller

En 1986, invitant Lynn Varley à l’encrage et à la colorisation, Frank Miller réinvente Batman. Il plonge le justicier en collants gris dans la lie, le cambouis et les déjections de tous ordres. Sous sa mine en graphite, Batman devient « le » Batman ; « déterminant » anecdotique ?… Puis il projette des giclées d’encre noire sur le papier qui, prenant formes, deviennent cette créature homicide empreinte de nihilisme à la noirceur abyssale : Dark Knight.

Le personnage traque les psychopathes telle son image dans le miroir, bloc de marbre noir veiné de rouge dardant un regard charbonneux sur l’impossible rédemption d’un monde en décomposition. Sans pitié, raison mise en calembredaine, il dégoutte sa sanglante schizophrénie dans le caniveau, celui-là même où finissent ses ennemis, désarticulés, amas d’os et de chairs pilonnés.

Frank Miller

Le dessin ne respecte pas les proportions, les « cases » non plus. Pour mieux souligner l’action, l’accélérer ou la figer, elles s’enchaînent, ridiculement rétrécies : timbres-poste, ou envahissantes : pleine page. Le postulat consiste à ne rien systématiser, et surtout pas les « encadrés ». Il en va de même pour les bulles « lettrées » : quartier libre ! Mais ça n’est qu’un début car Miller va bientôt s’émanciper des couleurs et des « traits » ; noires et blanches les planches, exit les contours.

SIN CITY

Frank Miller

Entre 1991 et l’an 2000, une série de sept volumes pouvant laisser libre-court à une lecture séparée prend d’assaut les librairies. Cette fois-ci, Miller est seul aux commandes : auteur, dessinateur, encreur, lettreur, dépendant uniquement de l’imprimeur pour son nouveau projet : Sin City.

L’antihéros, personnage granitique, Marv, traîne sa carcasse dans une ville corrompue, méphitique, suintant de suppurations. Il erre dans la cité à la recherche d’un morceau d’étoile sur lequel poser son âme torturée. Lorsqu’il la trouve, on lui tue. Marche en avant sans retour, détermination cadenassée, l’unique obsession corrodant à présent son esprit se résume ainsi : tuer, Tuer, TUER !!! Retrouver l’auteur du meurtre, l’assassiner.

Frank Miller

Par la suite, de volume et volume, de démembrements en marmelade cutanée, de fractures comminutives en flaques d’hémoglobines, les cadavres pavent les rues de Sin City. La Quadrilogie de Los Angeles, écrite par James Ellroy, a-t-elle servi à tailler le crayon de Frank Miller, CF l’ouvrage précurseur : Le Dalhia Noir (1987) ?

Des dessins en noir et blanc où les contours n’existent plus, des formes humaines nées d’associations inhumaines, griffes d’acier sur cartes à gratter, sont parfois soulignés d’un trait coloré. « Pour mieux « croquer » ton attention, mon petit Chaperon… ». Sin City, une série magistrale en bandes dessinées.

300

Frank Miller

Les spartiates : compagnons du roi Léonidas, 300 guerriers affûtés comme les pointes de leurs lances. Dans leur vie, une seule et unique cause : combattre et mourir pour Sparte. Ce jour, ils défendent la Grèce contre les Achéménides au lieu-dit des Thermopyles.

Épaulé à nouveau par Lynn Varley, Frank Miller détourne l’histoire au profit de ses inoxydables personnages. Forgés dans le titane, la poignée d’hommes tient tête aux hordes asiatiques, repoussant leurs assauts successifs… jusqu’à la traîtrise qui les perdra. Dantesque ! Mythique ! L’épopée imprimée sur le papier prend vie, s’anime par la seule force d’un porte-plumes plongé dans l’encrier.

Frank Miller

Si ces trois bandes dessinées : Dark Knight, Sin City et 300, ont chacune donné lieu à une adaptation cinématographique, c’est que le souffle épique qui s’en dégage sied au 7ème art. Mieux, il le sublime ! Leur auteur, Frank Miller, via la pérennisation de son graphisme si particulier, a participé aux tournages. Son trait déchire tout autant l’écran que les pupilles des spectateurs. Des aventures totales et immersives.

Question : au-delà du super héros, des romans noirs et de l’histoire Antique, un groupe de rock aurait-il touché l’oreille du dessinateur, guidant sa main à dessein ?

AC/DC – Sin City (live in Paris – 1979)

S’il n’y a pas de hasard, peut-être le destin ?

Thierry Dauge

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Amoureux des 70’s et du hard rock en particulier, Thierry Dauge est chroniqueur sur Culturesco par amour de l’écriture musicale. Co-auteur du livre"Pop rock - Les instruments de l'ombre" aux éditions du Camion Blanc, collaborateur de Vivi pour "Mes Années Trust", parce que le rock est loin d'être mort ...