Lene LOVITCH – Entre Kate Bush et Nina Hagen

Lene Lovitch

Lene Lovitch, au look de poupée russe, une langue qui roule les « R », interprète ses textes d’une voix naviguant au Sud de Nina Hagen, au Nord de Kate Bush, à l’Est de Patti Smith et, plus près de nous, à l’Ouest de Gwen Stefani. Quel panache ! Quel brassage musicologique pour une américaine émigrée en Angleterre !

Au-delà d’un look bigarré de type « slave » : des cotonnades, des gazes multicolores, des broderies et fanfreluches situé à l’intersection du folklore hongrois et du french-cancan, le personnage incarné par la chanteuse se veut extraverti tout autant que mystérieux. Cette mise en scène correspond-elle à une volonté marketing ou sert-elle la musique ? Pour le moins, elle jette une aura propice à de multiples fantasmes chez l’auditeur / voyeur, attiré par la voix, une possible schizophrénie galopante et l’irrépressible envie de pénétrer au cœur de ce royaume pour le moins exotique.

Lene LOVITCH – Lucky Number

Musicalement, le premier Lp de Lene Lovitch, Stateless, sort la même année que The Kick Inside de Melle Bush et le Nina Hagen Band de la walkyrie Est Allemande. Intrinsèquement moins original que ses deux consœurs, moins aérienne et musicale que Kate, moins « barrée » et heavy que Nina, Lene propose un format pop post punk plus consensuel.

Lene Lovitch

Au-dessus des autres instruments, ses cordes vocales, et l’usage qu’elle en fait, émettent des phéromones attractives, du genre captivantes. Le nombre d’écoutes faisant, on se plait à jouer et rejouer un album qui, au premier abord, paraissait manquer de « substance ». Se montrer opiniâtre à traire un sillon s’avère parfois nécessaire pour en saisir tout l’attrait. Stateless relève de cette nécessité.

Momentary Breakdown

Outre chanter, Miss Lovitch joue également du saxophone. Totalement investie, elle a écrit les chansons en collaboration avec son guitariste Less Chappell. Adeptes du jusqu’auboutisme, ils ont formé une association nommée Stateless afin de produire eux-mêmes leur travail. Pas de batterie poids-lourd, de guitare hard rock ou de supra basse dans leur cahier des charges, seulement des sonorités naturelles pour des instruments « vivants », synthé excepté. Le son qui en découle, on l’aura compris, sans explosion tonique, sied parfaitement aux compositions, laissant le chant prendre les devants, principal atout du disque.

Lene LOVITCH – I Think We’re Alone Now

Live, le groupe et sa chanteuse émettent des fragrances gothiques, non loin de celles générées par Siouxsie and The Banshees dont le premier Lp, The Sream, est également sorti en 1978. Lene Lovitch roule tout autant ses formidables yeux bleus que les consonnes qui s’y prêtent. De part et d’autre, bassiste et guitariste adoptent une gestuelle saccadée, leurs « machine head » tranchant des têtes imaginaires telle la guillotine celles de la royauté française. Sous ce frac, on pense à Gang Of Four, Magazine ou même The Cure, ces combos novateurs de l’après-punk.

Home (live)

Quand fut-il par la suite ? Ce premier essai a-t-il accouché d’une descendance digne de figurer dans la liste des disques à conserver religieusement ? Sensiblement identique, Flex (1979), l’album suivant, emprunte d’avantage de claviers à la cold wave sans imprimer d’originalité marquante à ses chansons : ad vitam aeternam …

Lene Lovitch se doit d’être vécue en concert, là où le son prend de l’ampleur, où la vue enrichit l’ouïe. A moins que Stateless tournoyant sur la platine, un poster de l’Apatride scotché au mur vous suffise ? …

Thierry Dauge

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