CACTUS – L’autre Led Zeppelin

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CACTUS : Heavy, blues et rock (1969-1972)

Cactus

En 1969, l’américain Cactus a tout pour devenir l’équivalent de l’anglais Led Zeppelin. Tim Bogert et Carmine Appice, paire rythmique du psychédélique et heavy Vanilla Fudge, quittent leur vaisseau d’origine. Ils arrivent sur le « marché ». Très vite, ils concluent un deal avec les « cadors » du défunt Jeff Beck Group, à savoir : Jeff Beck himself et Rod Stewart, le « sexy ». Imaginez l’affrontement ! Page et Plant d’un côté, Beck et Stewart de l’autre, Bonham et Jones à la rythmique face à Bogert et Appice tout aussi cadencés.

CACTUS (1970)

Cactus voit la scoumoune s’abattre sur lui dès ses débuts. Beck a un accident et ne peut assurer la place centrale qu’il se promettait d’occuper. Stewart préfère alors rejoindre un autre de ses amis guitaristes, Ronnnie Wood, au sein des Faces. Bogert et Appice se retrouvent donc sans guitare ni chant sur le seuil du studio d’enregistrement.

Pour y pallier, ils font appellent à un ex Buddy Miles, Jim McCarty, bretteur aussi talentueux que puissant, et Rusty Day, chanteur habitué à batailler sa place dans l’Enfer de The Amboy Dukes, assailli par la six cordes de « Guitarzan » Ted Nugent. En lieu et place d’une paire de Ferrari, Cactus recrute une Lamborghini et une Maserati ! On a connu pire.

De ce nouveau quatuor naît un premier album éponyme dévastateur de puissance et de musicalité, le turgescent Cactus (1970). Si, côté musique, personne ne trouve rien à redire, c’est via sa pochette « phallus et cojones » qu’il est décrié.

CACTUS – Let me swim

Le son est tranchant comme le biseau d’une aiguille sur la peau d’un fruit trop mûr, les musiciens au sommet de leur pratique, virtuoses maltraitants leurs instruments. Mais la concurrence est rude. Led Zeppelin a déjà dégainé trois « épées » : le I, le II et le III, pendant que Deep Purple embrase les platines avec In rock. Tirer son épingle du jeu dans un contexte aussi « bruyant » relève de l’exploit. Pourtant, c’est bien à ce niveau-là qu’opère le Cactus éponyme.

Le blues comme ligne d’horizon, un volume sonore poussé à son maximum, des chansons rentre dedans, l’album a tout pour séduire le plus grand nombre. « Public, manifeste ton engouement et salue comme il se doit l’avènement de ta nouvelle idole ! »

Parchman farm

Les groupies tardant à se déshabiller, et afin d’accrocher un statut mérité, le quatuor envoie une nouvelle bombe : One way … or another (1971). Rien que de l’électricité montée en blues aux frontières du hard rock. Encore une fois, le concurrent direct hisse la barre un cran au-dessus avec son IV. Pourtant, sur cet Lp, Cactus ne démérite pas.

One Way … Or Another (1971)

Jim McCarty, guitariste au jeu délié, est capable de saillies dantesques, du genre à fissurer le double vitrage, sectionner la ferraille au cœur du béton armé. Capable de prolixité, il se plie aux nécessités de l’ensemble sans mettre un larsen « à côté ». Tim Bogert affiche une solidité rythmique qui lui assure un statut statufiant. Au-delà de sa prétendue discrétion, il tresse des notes nerveusement élastiques autour des baguettes virevoltantes de son compère, le phénoménal Carmine Appice. Celui-ci possède l’intégralité de ce que tous les batteurs existants espèrent un jour pouvoir exprimer. Il copule son instrument avec une maestria diabolique. Enfin, Rusty day, la voix du combo, moins charismatique que Plant, moins soul que Marriott mais tellement « vivante », accompagne à l’idéal le « boucan » des autres.

CACTUS – Rock’n’roll children

Non contents de composer des pièces musicales imparables, nos quatre lurons en foire excellent dans les reprises, leur infligeant un traitement revigorant, un lifting explosif, une décalcification « ostéoclastique ». Parallèlement, leurs propres titres ne tendent qu’à devenir des « classiques ».

One way or another

Rien n’y fait, One way … or another ne décolle pas. Live, il en va tout autrement. Le public se presse aux concerts du Cactaceae, heureux de retrouver en ces américains ce que Page et ses hommes livrent en Albion : démesure, cataclysme, pulsion destructrice, pur heavy rock ! Pugnaces, conscients de leur talent, les musiciens décident d’enregistrer un nouvel opus.

Restrictions (1971)

Restriction (1971) reprend le flambeau là où le précédent Lp l’a laissé. A savoir, claquant à l’apex des tempêtes musicales … avec un plus. Cette fois-ci, un premier single extrait du long format trouve l’oreille d’un plus grand nombre, révélant aux auditeurs ce qu’il y a de plus délicieusement mauvais en eux : « Evil » !

CACTUS – Evil

Mais le succès ne dure que le temps d’une floraison puis retombe, fané, disque chassé des hauts plateaux par d’autres mieux distribués. Dans ce domaine, Machine head, Who’s next, Sticky Fingers, Hunky dory, L.A. Woman … Pléthorique, la concurrence ne manque pas et le public concentre son oreille sur les plus connus.

Restrictions

Même si Restrictions est une réussite artistique, Jim McCarty et Rusty Day jettent une éponge imbibée de dope et d’alcool, laissant à nouveau le duo d’origine seul et sans avant-scène.

Ot’n’Sweaty (1972)

Cactus

Appice et Bogert se mettent en quête de remplaçants. Au micro, ils recrutent Peter French, un solide vocaliste ayant hurlé dans des combos à présent mythiques comme Leaf Hound ou Atomic Rooster, formations heavy psyché « collectorisées ». A la « rappe », Werner Fritzschings vient lâcher des riffs et des soli tout aussi meurtriers que ceux de son aîné (mais d’où sort-il ?!). Histoire de varier les plaisirs, éviter de copier / coller les ébats de la formation initiale, un clavier vient additionner ses touches au quatuor de base.

Avec ce nouveau line up, Cactus produit Ot’n’Sweaty (1972), un long format mis live, mis studio d’une qualité incontestable. On y pratique un hard rock typiquement 70’s relevé d’une giclette de tabasco, condiment texturé Southern. Rien de gênant, Cactus traquant à présent les amateurs de déserts texans.

CACTUS – Bedroom mazurka

Si l’espoir en un avenir meilleur permet de survivre, il arrive un moment où les subsides engrangés sont comptés. Devant le peu d’attrait et les maigres bénéfices, la maison de disque déclare forfait. Dépités, le duo fondateur dissout le quintetteune idée derrière la tête. Jeff Beck est à nouveau en quête d’aventure. Ainsi va naître BBA : Beck, Bogert & Appice. En 1973, ces hommes livrent un tsunami en public qui sort sous la simple appellation de Live, enregistrement qui vaut bien que Cactus y ait laissé sa peau. Mais c’est une autre histoire …

BBA – Superstition (live)

CACTUS Live

Il faut attendre 2004 pour qu’un Label se décide à sortir un live « officiel » de la première mouture du groupe, un double CD « digipak » : Fully unleashed : The live gigs. A l’écoute, on persiste à penser que Cactus faisait jeu égal avec le Zeppelin, labourant les terres d’un heavy blues rock qu’on aurait aimé pouvoir subir live et en direct.

CACTUS – Long tall Sally (live)

Reste les enregistrements et … Jacques Dutronc en promoteur. Parce que si « … dans la vie, il y a des cactus », nous devons réellement nous piquer de le savoir.

Thierry Dauge