BABYSHAMBLES – Pete DOHERTY, le gredin magnifique

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BABYSHAMBLES – Un idéal pop/rock

Babyshambles

Pete Doherty fait figure de drôle de personnage dans la « vraie » vie. Aux commandes de son vaisseau déglingué : Babyshambles, ce « gredin magnifique » reproduit à merveille la conduite convenue. Camé, voleur, bagarreur, cradingue et attachant, qu’attendre de plus d’un rockeur ? De la musique et des chansons !

L’histoire commence avec The libertines et deux albums d’un rock débraillé : Up the bracket (2002) et The Libertines (2004), assez proche d’un Clash à ses débuts, un poil moins punk, un cheveu plus pop.

The LIBERTINES – Up the bracket

Mais, substances illicites, promiscuité des tournées et ego démesurés pèsent lourd sur les épaules des nouveaux médaillés, une vilaine soupe qui convoque souvent le binôme amour/ haine, le pugilat puis le split des groupes concernés. The Libertines n’échappe pas au cliché et finit par se séparer. Des cendres naissent Dirty Pretty Things, le projet du frère ennemi Carl Barât, et Babyshambles, celui de Pete Doherty. Gémellaires, les deux sortiront une paire d’albums avant de rebondir vers d’autres horizons. Au bout du compte, ils se réunissent à nouveau, ponctuellement, pour un album et quelques concerts. Tropisme musical, quand tu magnétises les astres et les planètes …

Le premier Lp de Babyshambles : Down in Albion (2005), renferme un idéal pop/rock, une provocation : « Fuck forever ».

BABYSHAMBLES – Fuck forever

Comme les deux premiers Libertines, Down in Albion est produit par Mick Jones. A l’écoute, deux possibilités sont offertes : le Mick Jones de Foreigner ou celui du Clash ? Vu le teneur de la musique, la balance penche pour un joueur de Les Paul. Problème : les deux en usent ! Indice : le guitariste en question n’a jamais joué avec Johnny Hallyday. Le Clash ? Gagné !!! Dans un costume étriqué, il a ciselé un son d’une clarté exemplaire, déchirures rapiécées au bon endroit, dérapages à peine contrôlés. Encore fallait-il disposer de chansons qui puissent le permettre. Pour cela, le talent de Doherty fait merveille, capable d’élaborer des pépites tant mélodieuses que bancales, des canons du genre.

Killamangiro

Outre des saillies power pop, le disque sinue entre une ballade acoustique : « Merry go round », et une fresque heavy rock : « 8 dead boys ». Au passage, il rameute ragga/reggae et folk. D’influences plurielles, son écoute boute la lassitude, évolue à des miles des pièces de kebab sempiternellement recuites. Nonobstant, les seize titres ne sont pas d’un intérêt égal. Certains rappellent le remplissage de jerrycans : « Gloutte, gloutte, gloutte … », étuis de scies perdues sur les ondes de la bande FM. En face de ces louches à moitié pleines de rien, la tenue de Born in Albion maintient un niveau tout à fait acceptable. Épris de proximité, même détraqué, il capte l’attention, soutien l’intérêt.

BABYSHAMBLES – A’rebours

A la sortie de ce disque, et du suivant : Shotter’s nation (2007), Doherty bénéficie d’une médiatisation outrancière liée à ses frasques : déboires avec la justice pour consommation de crack, vol au domicile de son ex partenaire, unes des tabloïds en compagnie d’Amy Whinehouse, ou de Kate Moss, camarades de bouteilles … vides. Col de chemise taché, cheveux gras peigné au clou, lésions de grattage dans le cou, dentition déchaussée par les décapsulages de canettes, ongles des mains ébréch’endeuillés, Pete Doherty nargue l’alentour. Même chargé au trichlo, l’œil ne cesse de briller : « Rien à cirer des censeurs de pensées ».

Delivery

Libertines un jour, ‘Shambles un autre, avec The Puta Madres le lendemain (1er album sorti en avril 2019). Entre quelques albums solos, le baladin toxique continue son bonhomme de chemin, soudard pour l’amour d’être un poète à rebours. De fait, il se pourrait bien que, les années passant, ce musicien devienne une légende urbaine comme d’autres « libérés » le furent par le passé.

Babyshambles

Dernière flèche : « Et live, alors ? ». Nantis d’une réputation du meilleurs comme du pire, se rendre en salle voir’écouter le dégingandé relève d’un gros risque.

Le 26 août 2005, au festival Rock en Seine, ça se vérifie. Patronyme imprimé en « petit » sur le flyer, la prestation épouse la taille d’un grand n’importe quoi. Doherty saborde un show que ses partenaires tentent de sauver. Peine perdue ! Le naufrage est patent. Pas rancuniers, les festivaliers reviendront en 2015 applaudir un retour des Libertins.

The LIBERTINES – Begging (live à Rock en Seine 2015)

Si l’expression : « Pardonne mais n’oublie pas », peut faire l’objet de diverses interprétations, l’amateur de rock choisit toujours celle qui lui semble la plus juste. La voie du « pardon » ? Surtout celle qui génère du plaisir et du fun, celle du talent pratiqué comme un don.

Thierry Dauge

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