GOLDMAN & OBISPO live, pop/rock ou variété ?

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GOLDMAN & OBISPO live : le procès

Goldman & Obispo

Encore un matin où tomber pour elle

Interpellé par la « Rock Brigade », division policière destinée à réprimer l’anti-bienséance musicale, un prévenu : Alain, raconte son histoire …

« Il m’est arrivé d’assister à un de ces concerts interdits (CF Loi n° 666 du 2 février 1979, dite Loi Vicious), alors que je ne ressentais aucune attirance pour le groupe ou l’artiste présent sur l’affiche. J’accompagnais ».

« Le 9 décembre 1985, je me rends avec des membres de ma famille à un des 18 concerts que Jean-Jacques Goldman donne d’affilé au Zénith de Paris. Pourtant, ça n’est pas ma tasse de thé. Personnellement, cette année-là, j’écoute des groupes comme Accept (« Metal heart »), Loudness (« Thunder in the East »), Y & T (« Down for the count ») ou White Lion (« Fight to survive »).

Le 2 juin 1988, nous remettons-ça, Goldman à nouveau, même endroit. Mes goûts sont toujours approximativement les mêmes : Bon Jovi (« New Jersey »), Queensrÿche (« Operation mindcrime »), Jane ‘s Addiction (« Nothing’s shocking ») ou Guns N’ Roses (« G N’ R Lies »). Sachant pertinemment la peine d’isolement social encourue, pourquoi transgresser la Loi, même au nom de la famille ? Je ne sais pas. Disons que, sur l’instant, je me suis laissé tenter… ».

Jean-Jacques – GOLDMAN – Peur de rien blues (live 1988)

Autre histoire, autre contrevenant : Serge …

« Une amie me propose de me rendre avec elle au premier des cinq concerts que Pascal Obispo assure au Zénith de Paris, celui du 17 novembre 2000. Pour lui faire plaisir, j’accepte. Ma came, an 2000, c’est plutôt des formations anglophones un rien plus « bruyantes » : The Hives (« Vini Vidi Vicious »), Alice Cooper (« Brutal planet »), AC/DC (« Stiff upper lip ») ou Marilyn Manson (« Holy wood »), de ce genre-là. Oui, je sais, je n’ai pas d’excuse. On fait parfois des trucs en espérant en obtenir d’autres … ».

Pascal OBISPO – Assassine (live 1998)

Ci-joint le début de la plaidoirie d’un des deux avocats chargés de défendre les accusés lors de leur procès. L’accusation porte sur le délit de « Déviance musicale ». Les instructions des deux affaires ayant durées plusieurs années, une notification du ministère de la justice permet de les juger concomitamment. Extrait :

« Mesdames et messieurs les jurés, pour tenter de répondre à cette question fondamentale : ‘Goldman & Obispo live, pop/rock ou variété ?’, permettez une digression. Doit-on condamner ces deux jeunes gens, les ostraciser au prétexte qu’ils ont, un soir ou deux, préféré vivre live des musiciens français plutôt que dor-mourir devant leur poste de télévision ? Mais que signifie « musique française », de quelle musique disserte-t-on au juste ? Les deux chanteurs précités font-ils autre chose que de la pop, mezzo rock, il est vrai estampillé « variété », ce fer rouge discriminant ? Nous appelons Alain et Serge à la barre, qu’ils puissent décrire plus précisément ce qu’ils ont vécus … ».

Goldman & Obispo

Alain :

« Au départ, indifférent à l’artiste, je lorgne le public. Goldman rameute large. En fait, excepté une présence féminine plus fournie, les trognes sont les mêmes. Des blousons en cuir, des jeans, tout juste des cheveux un poil moins long. Mais ce qui provient de la scène me ramène à la musique. Les musiciens sont en place. Trop de synthé à mon goût, ainsi qu’un saxo envahissant, mais les guitares sont bien présentes. Sans apprécier les chansons, les avoir jamais écoutées volontairement, on les connait forcément, matraquage radiophonique obligé. Du coup, on anticipe certains passages et … je me surprends à chantonner».

Jean-Jacques GOLDMAN – Encore un matin (live 2002)

Serge :

« Mon amie plonge tout de suite dans l’ambiance ‘cris de fans’ qui plante le décors. Sur scène un guitariste change d’instruments à tous les morceaux ; belle collection. Obispo assure ses chansons. Même lorsqu’elles partent en voix de tête, sa diction reste propre. Le son est plus mastoc qu’à la radio, plus épais, plus ‘rock’. Finalement, les partitions du mec sont vraiment bien ficelées. Il fait preuve d’une adresse mélodique et d’un savoir orchestral incontestables. Une fois dépassé son maniérisme, je me prends à l’apprécier. Par chance, aucun de mes potes ne le saura. Enfin … à ce moment-là … ».

Pascal OBISPO – Tombé pour elle (live 2013)

La plaidoirie continue comme-suit :

« Dans les résultats de l’enquête de la Rock Brigade, les policiers n’ont pas cherché à mettre en évidence les influences musicales des deux bancables es SACEM. Pour cela, il eut suffi de se référer aux paroles de leurs chansons. Goldman y glisse des indices. Il est ainsi question de Gibson, de ‘Tabacco road’ ou de Johnny Winter. JJG, fan de blues US ?

Pour Obispo, la chanson ‘Fan’, ainsi que son clip vidéo, incitent à citer Polnareff et, chose qui peut vous paraître étonnante, Kiss ainsi qu’AC/DC. Pourquoi ‘étonnante’ ? Ce garçon étant né en 1965, quoi d’étonnant à ce qu’il ait été secoué par ces groupes au moment de l’adolescence, période où se forgent tant les caractères que les goûts musicaux. Point commun, les deux ont fait partie de groupes de rock avant leur éclosion respective. Leur soif de reconnaissance à fait le reste … ».

GOLDMAN & OBISPO – Allumer le feu (live 2010)

Les derniers mots d’un des avocats :

« Bien sûr, l’attitude n’y est pas. Mais revoyons ce duo autour d’une chanson phare du Boss de la ‘variété’ française. Imaginons Bashung et Cantat derrière les micros, poussons l’utopie jusqu’à réunir Robert Plant et Freddie Mercury … n’est-ce pas ? ».

Finalement, après délibération, le jury décida de ne pas retenir de charges contre Alain et Serge, ils furent relaxés. Ça vous étonne ? Moi pas.

Alors : Goldman & Obispo live, pop/rock ou variété ? Comme les goûts, tous les avis sont dans la nature

Thierry Dauge