DEEP PURPLE Story (2) – Burn

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DEEP PURPLE – Mark III & IV

Deep Purple

Mark III

Deep Purple Mark II ayant vécu, les trois « survivants » se penchent sur la suite à donner : Mark III. Pour les remplaçants de Gillan et Glover, leurs choix sont diamétralement opposés. En effet, ils sélectionnent David Coverdale comme chanteur : « David qui ?! ». En 1973, qui, dans le milieu musical et, plus précisément, dans celui du rock, a déjà entendu parler de ce garçon ? De plus, il présente une voix éraillée qui plafonne dans les aigus. Avouons que pour faire suite à Ian Gillan, ce sur-hurleur à la voix « claire », le contraste est brutal.

DEEP PURPLE – Mistreated

Malins, Blackmore, Paice et Lord lui adjoignent un bassiste/chanteur expérimenté en la personne de Glenn Hughes. S’il sera un jour qualifié de « The Voice » par ses pairs, pour l’heure, tout droit sorti du groupe de funk heavy rock Trapeze, il assure un chant cristallin gorgé de groove au grain soul. Les harmonies à deux voix proposées par ce duo improbable font preuve d’une richesse inattendue.

Lay down, stay down

Le premier fruit de ce quintette rénové propose un hard rock traditionnel de haute volée : « Burn » (1974). Une nouvelle fois, on loue la qualité des musiciens, des gaillards capables de parcourir avec le sourire les chausse-trappes de n’importe quelles partitions.

Il reste que la transition d’avec Mark II est nette. C’est bien simple, les chansons de « Burn » sonnent de telle sorte que les fans pensent écouter un tout autre groupe que « leur » Deep Purple, celui de « Machine Head » (1972). Les voix y sont pour beaucoup, notamment celle de Coverdale, carrément bluesy, mais les chansons également, plus groovy. Elles conservent néanmoins un haut dosage en énergie qui leur confère une saveur typiquement hard rock. Par contre, l’album suivant, le dénommé « Stormbringer » (1974) …

DEEP PURPLE – Stormbringer

Tout en restant « poilu », le contenu glisse sensiblement vers une proposition musicale parfumée de soul, CF « Holy man », « Hold on » ou « Soldier of fortune ». Le traitement du son participe à cette infime inflexion, plus intimiste, moins « grand espace ». Inévitablement, par rapprochement avec ce qu’il produisait dans Trapeze, on pense à l’influence de Glenn Hughes, heavy soul-man sous ses oripeaux de hard rockeur.

Déconcertant à la première écoute, voire repoussant pour les fans d’« In rock », l’album se bonifie avec le temps, jusqu’à trôner tel un Grand Cru Classé dans les « discothèques idéales ».

Hold on

Tout semble donc se présenter pour le mieux lorsque l’irascible Ritchie Blackmore décide de voyager, de visiter d’autres horizons. Il claque la porte pour aller fonder Rainbow. Bien lui en prend car, outre les puissantes envolées guitaristiques dont il parsème ses compositions, l’écoute du deuxième Lp : « Rising » (1976), permet au grand public de découvrir l’extraordinaire Ronnie James Dio. Petit par la taille, Dio cultive l’immensité par sa voix et son talent d’interprétation.

Baigné d’expectative, Deep Purple se retrouve sans bretteur.

Mark IV

Des quatre restants, qui a eu l’idée d’aller proposer le poste de soliste à Tommy Bolin ? Peut-être celui-ci se souvient-il du magnifique album éponyme sorti par Zephir en 1969. Bolin y brode des solos au point de croix sur le binaire d’un heavy blues viscéral. En tout cas, voilà le guitariste au phrasé jazzy enrôlé dans l’équipe du Pourpre profond.

DEEP PURPLE – Comin’ home

Vue la qualité du premier essai qu’il enregistre avec Lord, Paice, Coverdale et Hughes : « Come taste the band » (1976), on ne peut qu’approuver sa venue dans le groupe. Cet album souffle un vent de fraîcheur hard et groovy qui ravive la chlorophylle des arbres fatigués. Tympans mentholés, c’est avec jouissance que l’auditeur balaye les deux faces du vinyle. « Lady luck », « Drifter », « Love child » sont autant de bulles cintrées de dynamite. Et puis il y a « This time around / owed to ‘G’», une beauté en deux parties menée par Hughes et Bolin, définitivement divine.

Deep Purple

Problème, Tommy cumule les addictions, ingérant un produit puis son antagoniste, héroïne et cocaïne figurant en tête de liste. Si, en studio, il fait plus qu’illusion, « Come taste the band » en est la preuve, ses prestations live sont un désastre. Lorsqu’il daigne honorer les autres de sa présence, il est brouillon, faux, flatulent sempiternellement les mêmes notes, noyant son désarroi sous une tonne d’effet. Lassés d’une situation où plus rien n’est maîtrisé, Paice et Lord mettent fin au groupe.

A l’issue de cette triste fin, David Coverdale forme Whitesnake, dont les amateurs de hard rock bluesy connaissent le succès. Glenn Hughes se prépare à œuvrer en solo ainsi que dans une multitude de groupes, le dernier en date : Black Country Communion, l’unissant à Jason Bonham, fils du canardeur de Led Zeppelin, Joe Bonamassa, fougueux hard blues guitar hero à la carrière tout aussi pléthorique que celle de Hughes, et Derek Sherinian, l’ex talentueux claviériste du groupe de Metal Progressif Dream Theater.

L’épitaphe

You keep on moving

La mouture Mark IV aura donc eu raison du Deep Purple des 70’s. Mais Mark III ne l’avait-il pas annoncé dès ses débuts en sortant « Burn », album au titre prémonitoire ? Tel Icare, à trop vouloir se maintenir au plus près de l’astre céleste, le groupe s’y brûla les ailes …

En témoignage de ce que fut Mark III, Purple Records sort un nouveau double live : « Made in Europe » (1976). Sa pochette est clonée sur celle de « Made in Japan », l’or en moins, l’argent en plus, comme s’il était admis que la formule Mark II : Gillan, Glover, Blackmore, Lord & paice, n’avait pas d’équivalent. Discutable pour les uns, indéniable pour les autres, cet album retranscrit bien la folie furieuse d’un grand groupe épris de rock « dur », d’un géant du hard rock.

DEEP PURPLE – Burn (live Made in Europe)

Personne n’aurait parié un penny sur le retour du groupe à la mi-temps des années 80. A suivre : Troisième et dernière partie de la Deep Purple Story

Thierry Dauge