WIRE & UK SUBS – Le punk après-punk

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WIRE & UK SUBS – Le cerveau et le muscle

Wire & UK Subs

En studio

Le punk atteint son apogée entre 1976 et 1977, même si les spécialistes du genre annoncent sa fin dès la mi 76. Pourtant, en plein dans le mille, certains groupes, dont Wire avec « Pink flag » (1977), proposent déjà une musique assimilable à ce qu’on appelle l’après-punk, alors que UK Subs sort le plus populaire de ses albums « stickerisé » punk : « Brand new age », en 1980. Wire et UK Subs : punk après-punk ?

WIRE – Different to me

UK SUBS – Brand new age

De toute évidence, les hommes de Wire ne sont pas les « premiers venus ». Il y a fort à parier qu’ils se sont connus sur les bancs d’une université, section « art et essai » ou « po-po » : politico/polytechnique. La démarche artistique est repérable jusque sur la pochette de « Pink flag ». La photo originale ne comporte que le mat de drapeau planté dans ce qui semble être une pelouse à l’anglaise. L’étendard rose n’a été dessiné qu’après, histoire de donner un titre à l’album. Le contenu est tout aussi « programmé ». Vingt et une balles perforantes voyageant de 28sec à 4mn, la distance moyenne tournant autour des 2mn.

Certes le son des guitares casse les dents, certes certains rythmes clonent des Tommy Gun en action, certes l’accent du chanteur clignote : « Cockney, cockney … » mais un petit relent The Cure résonne, raisonne. Et si, sur « Pink flag », le doute peut subsister en s’autorisant l’AOC « punk », dès l’album suivant, les munitions refroidissent sur un glacis technologique, après-punk : cérébral.

WIRE – Pink flag

Chez UK Subs, on tourne dans les juke-boxes pour abreuver les durillons de comptoir, on décapsule les bouteilles de lager au briquet, on régurgite les excès de bière par le nez. Le punk, les membres du groupe ont tenté de l’analyser et n’y ont rien « bité ». « Basta ! On n’a qu’à jouer », et c’est ce qu’ils ont fait : « Brand new age ».

Lorsque les londoniens attaquent un reggae, ou ce qui semble en être un, la voix de Charlie Harper baratte tant de grumeaux que la Jamaïque s’effondre dans la mer des caraïbes. Indubitablement punk, le seul cheveu dans le « Gloubiboulga » de UK Subs, l’unique accroc dans sa défroque vient d’être né trop tard. La vague punk originelle, ce tsunami médiatique venu de la rue (?), serait donc morte en 1977. Avec un premier Lp sorti en 1979, les Subs font figure de « suiveurs ». Bien que musclés, ils talochent l’après-punk.

UK SUBS – Warhead

Issus d’un mouvement « No future », les deux groupes continuent cependant d’exister trente ans après les premiers crachats. Leur musique s’est-elle zombifiée sur la rouille des années ? Plutôt que d’y revenir en studio, rendons-nous quantifier leurs rides sur les planches du salut : live.

En concert

Wire & UK Subs

Jouons la chronologie.

Le 11 février 2006, UK Subs se produit à l’EMB (Espace Michel Berger) à Sannois – Val d’Oise. Malgré son nom, cette petite salle de banlieue respire le rock. Le quatuor peut-il lui greffer des poumons punks ?

Après un début tiédi par l’expectative, l’ambiance bascule très rapidement en zone rouge. Des émanations fleurant la surchauffe gagnent l’assistance. Face à face, les sodomies d’insectes deviennent relatives, plus rien ne compte si ce n’est l’énergie. A cet égard, UK Subs galvanise, dynamise, punkifie sans après : « Pogotons l’instant présent ». Le groupe parvient-il à projeter l’illusion que le punk frétille encore et toujours de l’épingle à nourrice ? Passé l’irruption, les scories rougeoient encore dans la fosse.

UK SUBS – Emotional black mail (live)

Le 27 septembre 2008, Wire investit cette formidable salle qu’est la Maroquinerie – Paris. En plus de l’enceinte musicale en sous-sol, un bar comprenant une terrasse et une salle de restaurant accueillent le visiteur. Ce soir-là, en dépit de cet apparent confort, l’amateur de punk ressort sa panoplie. Est-elle adaptée ? … plus vraiment. Wire joue du rock, l’esprit punk, le look ou l’attitude remisés depuis un bout. Le concert envoie, certes, mais ne renvoie pas au passé. La posture oscille entre le bon enfant et l’énergique, des passages castagnent ou d’autres, sans aller jusqu’à pouponner l’auditoire, le bousculent gentiment. Ni punk ou après-punk sans pour autant consensualiser, Wire joue à l’occasion, lorsque les guitares le démangent.

WIRE – One of us (live)

Sans les opposer : « l’un comme ça » contre « l’autre comme ci », Wire et UK Subs imagent idéalement la dualité muscle/cerveau. Reste à définir auxquels des deux chacun de ces qualificatifs correspond le mieux … ou y renoncer. Après tout, qu’importe le moteur pourvu qu’il y ait l’ivresse.

Thierry Dauge