Harry Crews – Le Chanteur de Gospel

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Harry Crews – Le Chanteur de Gospel

Chanteur de gospel

Bienvenue à Enigma…

… Géorgie. Un patelin dont la définition de trou du cul de l’Amérique ne donnerait encore qu’une image trop léchée des lieux. Sans fond le trou paumé. Peuplé par un ramassis de consanguins dignes des pires spécimens de Délivrance. Pourtant l’improbable conglomérat enfanta jadis un prodige. Beau, blond, doté d’une voix exceptionnelle, d’essence divine. Un don de mère nature que l’éphèbe ne tardera pas à exploiter, lui permettant de quitter la ville pour se lancer dans une carrière de chanteur évangélique fructueuse. Car c’est bien lui, le fameux Chanteur de Gospel, à la renommée nationale, dont chaque apparition sur scène ou à la télévision déclenche dans les foules crise mystiques et autres pâmoisons fanatiques. Révélation qui toucha, on s’en rappelle encore dans les chaumières, la plus belle fille d’Enigma, la pure et virginale MaryBell Carter, amie d’adolescence du chanteur.

Mais voilà…

… l’émotion est à son comble. On ne parle plus que de ça dans les commerces, les bars et à l’office. MaryBell a été retrouvée sauvagement assassinée et violée par un pasteur autoproclamé et déficient mental notoire. 61 coups de pic à glace. Pas été de main morte l’homme de Dieu…
Et puis vient aussi l’autre nouvelle. La grande nouvelle. Le Chanteur de Gospel revient. Quelques rumeurs couraient déjà mais là, c’est sûr, c’est le Grand Retour, Alléluia.

Chanteur de gospel

Et le voilà qui arrive…

… dans sa Cadillac conduite par Didymus, personnage mystérieux, ténébreux, énigmatique, et envoûté lui aussi par l’organe céleste du Chanteur de Gospel. Il porte les casquettes de chauffeur, d’imprésario et de directeur de conscience car c’est aussi un pasteur, encore un, obsédé par la rédemption et l’absolution des fautes, sorte de croisé des temps modernes convaincu de sa mission protectrice et sacrée auprès de ce nouveau messie version showbiz. Sentiment peu partagé par celui-ci car, il faut bien le dire, les bondieuseries, il s’en tape comme de son premier bouton d’acné, le Chanteur de Gospel. Élu par le Seigneur ? Bullshit, élu pour se faire un maximum de fric et se taper des brouettées de gonzesses, voilà plutôt comment il voit son sacerdoce le roucouleur de cantiques…

C’est donc…

… dans une ambiance explosive, alimentée par le meurtre, que la star déboule un beau matin. La famille est là pour l’accueillir, qui lui apprend la terrible nouvelle. Les parents, complètement hors sol. Son frère, qu’un accident de voiture a transformé en monstre de foire et qui, avec sa sœur, a décidé de monter un duo pour faire carrière, eux aussi, sous les projecteurs. Sauf que côté talent il faut vraiment faire preuve d’imagination pour apprécier le potentiel…

Chanteur de gospel

Petit à petit…

… tout Enigma vient rencontrer l’idole. On veut le toucher, tel un être surnaturel. On lui demande des conseils, de l’argent, peut-être même on espère des miracles. Alors l’idole se demande comment elle va bien pouvoir se dépêtrer de toutes ces attentes désespérées qu’il est bien incapable, lui, le cynique gouverné par sa libido surdimensionnée, de satisfaire. Bien sûr, oui, il chantera à la mémoire de MaryBell, c’est bien le moindre qu’il puisse faire. Mais au fond de lui il ressent un total décalage avec ces gens qui furent les siens. Presque un rejet, un dégoût qui le renvoie à un dégoût de lui-même. Tout compte fait, peut-être ne vaut-il pas mieux que tous ces paumés quémandant leur salut…

Salut…

… qui, évidemment, ne viendra pas. Dans le village traumatisé par le crime sordide, les frustrations, les désillusions et la violence souterraine, toujours prête à jaillir dans une contrée où on a tendance à sortir la corde avant de discuter, feront monter la tension jusqu’au point de non retour…

Chanteur de gospel

Harry Crews
Crédit : Charles Postell

Sombre ?

Oui et pas qu’un peu. Le roman noir, avec Harry Crews, est noir foncé et plonge dans un gouffre sans fond grouillant d’âmes humaines en perdition. Mais ici, point de complaisance à se rouler dans une fange toujours un peu plus nauséabonde. D’ailleurs matez un peu au passage la tronche du quidam, véritable parchemin à ciel ouvert qui en raconte déjà beaucoup. Le bonhomme sait de quoi il parle…

Harry Crews

Né en 1935 à Alma…

… Géorgie, c’est le quart-monde des petits métayers qui accueille les premiers babillages du nourrisson Harry. Deux ans plus tard son père passe l’arme à gauche à seulement 35 balais, le palpitant rincé par des années de labeur acharné. Un beau-père ne tarde pas à se pointer, amenant dans ses bagages la sempiternelle doublette alcoolisme/violence. Notre bambin déclenche alors une longue succession de problèmes de santé, comme cette paralysie, repartie comme elle était venue, qui ne fut jamais élucidée. Révolte muette contre l’ambiance familiale ? Allez savoir. Toujours est-il, Harry Crews, dès son plus jeune âge, est un être marqué. Une estampille qui influencera profondément son œuvre…

Cabane
Une des cabanes où Harry Crews vécut enfant

Avide d’évasion…

… loin de ce cauchemar redneck, le jeune Harry, à 17 ans, s’engage dans les Marines. Il combat en Corée. Il y découvre une autre violence, la guerre, mais surtout, déclic décisif, la bibliothèque de la caserne qu’il phagocyte méthodiquement.

Trois ans ont passé…

… Bien décidé à rompre avec son passé miséreux, Crews s’inscrit à l’université pour étudier l’anglais. Hanté par la bougeotte, suivra un périple en moto de 18 mois à travers les États-Unis durant lequel il accumule aventures et expériences entre taule, dope, alcool et rencontres surréalistes. Future matière et inspiration pour l’existence que Harry Crews s’est choisi. Il sera écrivain.

Harry Crews

Après plusieurs années…

… infructueuses à courir d’éditeurs en éditeurs, Le Chanteur de Gospel, son premier roman, trouve preneur et sort enfin en 1968. Crews a eu le temps de peaufiner son style et c’est déjà un grand écrivain qui frappe fort avec cette première œuvre. Un style sobre, direct, qui prend aux tripes dès la première page. Harry Crews raconte ce qu’il connaît le mieux et ce qu’il connaît le mieux ne peut pas souffrir élégances de langage et tournures de phrase alambiquées.

Harry Crews

C’est un monde dur…

… empêtré dans les croyances et l’intolérance. Ce sont des personnages, comme lui, cabossés, perdants magnifiques, enfin pas toujours, qui tentent désespérément de s’en sortir tout en sachant qu’au bout de la route surviendra l’ultime crash dans le mur. La description est souvent impitoyable mais avec, en embuscade, planquée, pudique, une tendresse particulière pour ceux que les gens « normaux » (Et là, envers eux, Crews se montre carrément féroce) qualifient de « freaks ».

Harry Crews

La bibliographie…

… de Harry Crews est forte d’une vingtaine de romans dont « Des Mules Et Des Hommes », où l’auteur délaisse pour une fois la fiction pour une autobiographie brutale et bouleversante de son enfance. Bibliographie

Par où commencer ?

Fermez les yeux et tapez au hasard. Tout est bon.

Trompe-la-mort de naissance…

… l’homme qui s’était fait tatouer sur l’épaule gauche « How do you like your blue-eyed boy, Mr Death ? » perd en 2012 son dernier bras de fer avec la Camarde.
Comme disait le lascar : « Survivre est suffisant comme triomphe ».
Bel épitaphe non ?

Harry Crews

Credit : Jillian Edelstein, Camer Press, Redux
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POUP
Laurent Poupinais, alias Poup. Diverses aventures dans le monde du fanzine (Nestor Mag, La Chronique Du Vermifuge), dans le Rock Punk/Garage (Les Ambulances, Mystery Machine, Traffic Drone) en tant que batteur. Dessinateur addict au noir et blanc qui réalise des illustrations pour des fanzines (Rock Hardi , Cafzic) mais aussi des visuels pour des groupes (pochette de disque, T-shirt, affiche, flyers et toutes ces sortes de choses).

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