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Jacques HIGELIN – Chanteur ou poète ?

Jacques Higelin

Jacques Higelin est-il un chanteur ou un poète ? Faut-il nécessairement être l’un « ou » l’autre ? Ne peut-on envisager qu’il soit l’un « et » l’autre ? Sur quels critères se baser pour, à défaut de l’affirmer, argumenter son point de vue ? Le texte des chansons prévaut-il sur la façon de les délivrer au public ? Qu’on soit poète et/ou chanteur, les chansons doivent-elles être chantées ou bien faire l’objet d’une interprétation ? Tout cela revêt-t-il une quelconque importance ?

« Te donner ce que t’as pas, Quand je sais pas ce que tu veux, Je veux bien tout ce que tu veux, Mais comme tu veux ce que j’ai pas, Je comprends même pas ce que t’as »

Les éventuels lecteurs de cette chronique vont-ils être frustrés de ne trouver que questions en son introduction plutôt que postulat, forcément subjectif puisque relevant du jugement d’un seul individu ? « Une chanson, une chanson ! », réclament déjà les inconditionnels.

Jacques HIGELIN – Denise

Jacques Higelin, de par sa désinvolture et son écriture, fait penser au « Poète Crotté » ; en référence au rôle de Jean-Louis Trintignant dans la série des Angéliques (Rôle-titre interprété par la divine Michelle Mercier entre 1964 et 1968), films retraçant la vie d’une femme de caractère, si ce n’est aventurière, sous le règne de Louis le quatorzième.

« Vampires éblouis par de lubriques vestales, Égéries insatiables chevauchant des Walkyries, Infernal appétit de frénésie bacchanale, Qui charment nos âmes envahies par la mélancolie »

Ce poète rédige des pamphlets qui stigmatisent les ternes agissements de la cours du Roi Soleil. Nul n’est besoin pour lui de forcer le trait, la seule conduite de ces courtisans les ridiculisant. La large diffusion des fustigeant écrits a pour but de révéler le mépris exprimé par ces gens à destination du peuple. Qu’Higelin soit chanteur ou poète, ou les deux, on ne peut lui dénier un côté similairement sarcastique, au sens le plus noble du terme.

Jacques Higelin

Champagne

Il n’est plus à prouver que notre Chan … artiste, trouvait en Charles Trenet des atours poétiques qui lui saillaient. Si « La Mer » (1946) affiche sans conteste une plume éprise de poésie, « Route nationale 7 » (1955) beaucoup moins. Il en va de même pour Higelin. Cheminant de la vie quotidienne aux mondes féeriques, de la plus pure abstraction au « plancher des vaches », il anime tant la mélancolie qu’il attise le sourire chez l’auditeur.

« Tombé sur un jour de chance, Tombé par inadvertance amoureux, Tombé à terre pour la fille qu’on aime, Se relever indemne et retomber amoureux, Tombé sur toi, tombé en pâmoison, Avalé la ciguë, goûté le poison qui tue … l’amour ! »

Ce personnage au paraître désinvolte porte en lui des émotions et sentiments profonds qu’une sensibilité sans doute exacerbée pousse à enrober d’un « je m’en foutisme » de façade. N’oublions pas qu’il fut acteur dès 1960, c’est-à-dire avant d’enregistrer la moindre chanson. Véritable baladin, il image d’une voix éraillée, parfois encline à une certaine fausseté, aussi bien les bonheurs que les accidents représentatifs de l’existence.

Jacques HIGELIN – Tombé du ciel

En 2017, Bernard Lavilliers, un autre écorché, évoque son cercle d’amis en interview. Extrait : « J’ai Jacques Higelin mais qui ne va pas trop bien en ce moment, et même Johnny mais qui ne va pas très bien non plus ». Jacques Higelin décéde à Paris le 6 avril 2018, triste mi-temps du printemps qui ôte un peu de sa substantifique sève au rang des artistes « qui comptent ».

« Je vis pas ma vie, je la rêve, Le soleil se lève et moi aussi, C’est comme une maladie que j’aurais chopée quand j’étais tout petit, Et qui va pas m’lâcher avant qu’j’en crève »

Chanteur ou poète, comédien, tout à la fois, les êtres chers s’en vont toujours trop vite pour celles et ceux qui les pleurent. En témoignage de son immense talent, Jacques a laissé de multiples témoignages, sur scène ou au fond d’un microsillon. Permettez que je retienne une chanson, dédiée à son père, qui, au fil du texte, résonne comme une sorte de confession, le miroir de son âme.

Parc Montsouris

Ecouter « Parc Montsouris » pourrait bien faire naître en vous des impressions de « déjà-vu », appeler la résurgence d’introversions très personnelles. Après tout, la vie n’est peut-être qu’un rêve …

Thierry Dauge

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